Les Thanatonautes (Bernard Werber) : 5- OU LE HEROS MEURT DE SUITE

vendredi 23 janvier 2015

5- OU LE HEROS MEURT DE SUITE


- Attention !
- Malheur...
- Mon Dieu !
- Prenez garde ! Vous ne voyez donc pas qu'il va... 
- Noooon !!!!!! 

Long crissement de freins. Choc sourd et feutré. Je courais après mon ballon qui avait roulé sur la chaussée et le pare-chocs de la voiture de sport verte me cueillit juste sous les genoux, là où la peau est la plus tendre. Mes pieds décollèrent de terre. Je fus catapulté dans le ciel.
L'air siffla à mes oreilles. Je m'envolais au-dessus du sol. Un vent frais s'engouffra par ma bouche béante. Là-dessous, loin en bas, des badauds me scrutaient, épouvantés.
Une femme hurla en me voyant m'élever. Du sang s'échappait de mon pantalon, formant une flaque sur l'asphalte.
Tout se passa comme au ralenti. Je volais au nivau des toits, observant des silhouettes s'agitant dans des mansardes. Pour la première fois, surgit alors dans mon esprit la question qui m'obsédrait si souvent par la suite : « Mais qu'est-ce que je fais donc ici ? »
Oui, à cet instant, suspendu dans le ciel une fraction de temps, je compris que je n'avais rien compris.
Eternelles questions. Chacun se les pose un jour. Moi, je me les posai en cet instant où je mourais.
J'étais monté très haut. Je redescendis très vite. Mon épaul percuta le capot de la voiture de sport verte. Je rebondis et ma tête alla heurter le rebord du trottoir. Craquement. Bruit sourd. Des visages effarés se penchèrent sur moi.
J'avais envie de parler, mais je ne pouvais plus rien faire, ni dire, ni bouger. La lumière du soleil se mit à décroître lentement. En février, le soleil est quand même timide. On sent que les giboulées de mars ne vont pas tarder. Le ciel éteignit progressivement. Bientôt je fus dans le noir, le silence. Plus d'odeur, plus de sensation, plus rien. Rideau. J'avais juste sept ans et je venais de mourir pour la première fois.

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