Les Thanatonautes (Bernard Werber) : 293 – MISE AU POINT

samedi 31 janvier 2015

293 – MISE AU POINT

2 h 13 du matin à ma montre-bracelet. J’ai tout dit.
Ah non ! Je consulte mes notes et constate que j’ai oublié d’indiquer comment on trace un cercle et son axe sans lever son stylo.
Il suffit de plier un coin de la feuille de papier. Marquez un gros point sur le bord, à cheval sur le côté pile et le côté face. Partez de ce point pour tracer un demi-cercle sur le bord rabattu. Quand vous arrivez à la limite du bord du papier, stop. Il n’y a plus qu’à déplier le papier pour achever, sans lever le crayon, le cercle autour du point servant d’axe. Face a aidé pile.
Vous aurez ainsi usé d’une incursion dans une autre dimension pour mieux réaliser quelque chose d’apparemment impossible.



                                                         « Utiliser une autre dimension… »

Raoul avait raison, pour résoudre certains problèmes il faut admettre que l’on peut rentrer dans un autre type d’espace où l’on a tous les droits. Cela va bien au-delà de toutes les mystiques. Ce n’est juste que s’élargir l’esprit. S’amuser à s’élargir l’esprit. Comme disait Maxime Villain, le seul objectif des écrivains doit être là : « Faire rêver plus loin. » Faire rêver de l’autre côté de la feuille. Faire rêver de l’autre côté de la mort. Tout est possible dans l’écriture, pourquoi ne pas en profiter ?
Parfois, juste en écrivant ou en lisant, je pénètre vraiment dans d’autres dimensions.
Je crois qu’il en va de même avec les destinées. Pour qu’elles soient complètes, il faut qu’elles commencent dans un univers et s’achèvent dans un autre.
Si je me reposais maintenant mes questions familières : « d’où viens-je ? », « qui suis-je ? », « où vais-je ? », je crois que je pourrais essayer d’y répondre.
Je sais que je suis un être humain, vivant ici et maintenant. Pourquoi ? Pour participer à la découverte de la thanatonautique. Je sais que la pensée humaine peut tout : voler et traverser la matière à la vitesse de l’imagination, s’emmagasiner dans des livres, tout fabriquer, tout modifier, tout tuer. Je sais que le temps, l’espace, le savoir, la beauté, tout est à l’intérieur. Tout est au centre. À l’extérieur, il n’y a que des reflets.
Je sais que je ne suis qu’un cadavre en sursis.
Je me relis, j’ai tout dit. J’ai tout écrit, je peux tout oublier.
Merci aux anges de m’avoir donné le temps de raconter l’histoire de la conquête du Continent Ultime. Mais dois-je la publier ? Cet apport sera-t-il un Bien ou un Mal pour l’humanité ?
Pile, je publie. Face, je ne publie pas. Perpétuelle réflexion sur l’envers et l’endroit. Je lance. La pièce roule sous un fauteuil. À quatre pattes, je regarde. Pile.
Une dernière phrase encore pour mon livre : « Jusqu’au dernier instant, j’ai craint qu’ils ne m’empêchent d’écrire cet ouv…»


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