Les Thanatonautes (Bernard Werber) : 154 – EURÊKA !

vendredi 30 janvier 2015

154 – EURÊKA !

Avec la trouvaille de Rose, tous nos travaux étaient relancés. Nous partions sur une voie nouvelle. Nous savions déjà que le cerveau émettait des ondes, par exemple alpha ou bêta, durant les phases de sommeil ou proches du sommeil. Il était donc logique qu’une modification de l’action radio du cerveau intervienne au moment de la décorporation.
Le décollage suivant de Stefania s’effectua à proximité d’un transistor. On entendit effectivement un faible slash, la sortie du corps s’était bel et bien accompagnée de l’émission d’ondes.
Raoul mit au point un système sensible aux hautes, basses et moyennes fréquences, afin de repérer sur quelle longueur d’onde précisément les ectoplasmes émettaient. Stefania se livra à une courte méditation, et de nouveau, le slash retentit comme un feulement. Nous examinâmes cette « trace » sur l’oscilloscope. Il s’agissait d’une longueur d’onde très basse, aux crêtes très espacées.
Raoul tripota plusieurs manettes. Une ligne surmontée de chiffres apparut sur l’écran de l’oscilloscope. Il reporta les nombres sur une table de fréquences… Il partit des petits rayons gamma dont les crêtes ne sont séparées que d’un angström, poursuivit au-dessus des rayons X et par-delà les rayons ultraviolets. Il dépassa le spectre des couleurs visibles à l’œil nu et dont la crête est d’un millimètre, les ondes télévision à un mètre, les ondes radio et parvint à la plage « ondes cérébrales ». Il effectua encore quelques réglages.
  • Nous avons affaire à des ondes extralongues espacées de plus d’un kilomètre, annonça-t-il. Il s’agit d’une fréquence radio très basse d’environ 86 kilohertz.
Nous poussâmes des cris de jubilation. Nous disposions enfin d’une preuve scientifique, matérielle, de l’activité extracorporelle des thanatonautes. Personne ne pourrait désormais nier la réalité de nos expériences.
Informé, Lucinder décida sur-le-champ de nous attribuer un budget supplémentaire qu’il prit sur la caisse noire de la Présidence.
Au moyen d’instruments de plus en plus sophistiqués, nous identifiâmes précisément l’empreinte ectoplasmique de Stefania : 86,4 kilohertz. Raoul conçut un détecteur d’envol permettant de connaître la seconde exacte où le corps vital de Stefania se désolidariserait de son corps physique.
Dès lors, une question s’imposait : où situer géographiquement le Continent Ultime ? En effet, si l’ectoplasme voyageait en demeurant détectable grâce à un système radio, nous devions être à même de suivre ses déplacements. Alors, où était donc le Paradis ? Où se trouvait ce continent immatériel dont nous dressions les cartes depuis si longtemps en ignorant son emplacement ?
Au plus haut du thanatodrome, j’installai une vaste antenne parabolique, plutôt un radiotélescope, de cinq mètres de diamètre. Une jolie marguerite sur notre penthouse.
Une nouvelle étape de notre conquête du continent des morts s’ouvrait à nous. Nous entrions dans la « phase astronomique ».

Champagne !

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