Les Thanatonautes (Bernard Werber) : 151 – COMME UN GRÉSILLEMENT

vendredi 30 janvier 2015

151 – COMME UN GRÉSILLEMENT

La fête finie, les nuits de noces consommées, nous reprîmes les envols. En grande forme, Stefania réussit aussitôt trois décollages. Je reportai ses indications sur un programme informatique qui remodelait le Continent Ultime. Grace à lui, on pouvait examiner sous tous les angles chaque parcelle du pays des morts. Le tout ressemblait un peu à une trompette très évasée. Moch 1, Moch 2, Moch 3, Terra incognita, les mentions montraient le chemin déjà parcouru.
Dans les thanatodromes du monde entier, des équipes s’affairaient mais les ectoplasmes qui parvenaient à surmonter leurs souvenirs s’embourbaient dans le territoire rouge du plaisir et souvent y restaient. Sur terre, dans leurs fauteuils, des thanatonautes défunts affichaient des sourires béats, si bien qu’on se prit à considérer que Moch 3 était en fait le seuil pur et simple de la mort et que nul ne pourrait jamais le franchir et en revenir. Le Continent Ultime conserverait son mystère, gardé par une auréole de délices. On avait si souvent qualifié l’orgasme de « petite mort », après tout.
Comme à chaque tournant vraiment essentiel, Raoul nous réunit au cimetière du Père-Lachaise.

- Mes amis, ici s’arrêtent sans doute nos expériences. Même nos concurrents étrangers les plus doués demeurent cloués devant Moch 3.

Il leva les yeux vers la lumière des étoiles comme s’il attendait qu’une idée nouvelle lui tombe du ciel.

- Je fais pourtant de mon mieux, protesta Stefania. Mais quand j’arrive au troisième mur, mon cordon ombilical est tellement étiré que je sens qu’il claquera si je le sollicite davantage.


- Il nous faut une idée nouvelle, répéta mon ami.

Rose se serra contre moi, puis me chuchota à l’oreille :

- C’est peut-être une bêtise, mais j’ai constaté un jour un phénomène étrange.


- Quoi, ma chérie ?

- J’étais venue assister au décollage de Stefania et j’écoutais la radio.


- Oui et alors ?

- Au moment où ses battements de cœur ont ralenti, il y a eu soudain comme un grésillement dans le haut-parleur.

Voilà. Par hasard, ce jour-là, Rose avait découvert le premier système de détection de l’aura.

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