Les Thanatonautes (Bernard Werber) : 136 – DEUXIÈME MUR COMATIQUE

jeudi 29 janvier 2015

136 – DEUXIÈME MUR COMATIQUE

 
moch 2 une zone de plaisir !


 Malgré les tentatives qui se multipliaient, Moch 2 restait inviolable. Sukumi Yuka, moine zen, parvint cependant à le toucher et prétendit avoir distingué quelque chose derrière des lumières rouges qu’il décrivit « semblables à des geishas ». Étrange expression pour un homme voué à la spiritualité ! Il refusa de fournir plus amples précisions, se contentant de répéter qu’il avait hâte de repartir pour les retrouver.
Il n’eut pas l’occasion d’en dire davantage. Son second essor fut le dernier. Il gisait dans une flaque de sperme, le corps tendu comme pour une étreinte amoureuse, quand ses compagnons se résolurent à le débrancher.
L’information fut tenue rigoureusement secrète. Si des gens se figuraient trouver dans la mort l’éternel plaisir sexuel, la thanatonautique provoquerait encore de nouvelles hécatombes !
On guetta le pionnier qui, par un premier aller-retour, nous rapporterait un témoignage plus précis. Ce fut un yogi indien, Rajiv Bintou. Il décrivit ce qui lui était survenu dans un livre qui ne tarda pas à devenir un best-seller international, Plus près de la fin (éditions du Nouveau Continent).
Comme Félix jadis, Rajiv Bintou tomba dans le piège du succès. Il ne parvenait plus à se concentrer sur ses facultés spirituelles. Pour décoller, il lui fallut utiliser des herbes hallucinogènes et, au retour, il ne se souvint plus de rien.
Malheureusement, le thanatodrome de Paris n’eut jamais l’occasion d’accueillir Rajiv Bintou. Lors d’une ultime expérience, son équipe l’attendit vainement plus de quarante-cinq minutes avant de se résoudre à admettre la perte de son âme. Ils confièrent son enveloppe charnelle au Smithsonian Institute de Washington où elle est soigneusement conservée dans du formol.
Nous dûmes nous contenter de la poésie qui imprégnait son ouvrage pour marquer la zone au-delà de Moch 2 d’une rouge couleur érotique.

Extrait de Plus près de la fin :

« Ô déroutant monde qui stagne après le deuxième mur comatique,
Les perles de ta jouissance sont comme des nénuphars.
Ils annoncent l’érection de la thanatonautique !
Chaque envol sera comme un orgasme amoureux.
La conquête des Morts permettra d’écrire la suite du Kâma-Sûtra 1.
Ce livre n’est que le premier chapitre d’un univers de plaisir dont la mort nous promet cent volumes.
Ô déroutant monde de l’au-delà.
Ainsi, nos âmes finissent dans l’extase.
Ce n’est que logique puisque nous sommes nés dans la douleur. »

Trois mois plus tard, la liste des morts s’allongeait. Toutes les religions recrutaient des moines thanatonautes et les sacrifiaient sur l’autel de la connaissance de l’au-delà. Toutes en faisaient une question d’orgueil. Il importait de prouver que son interprétation du monde était seule véridique. Tous les moyens étaient bons pour entourer ces décollages de tout le cérémonial nécessaire à un acte religieux.
Quel acte pouvait-il être considéré comme plus religieux, puisque décoller c’était précisément s’approcher de l’au-delà ?
On entra dans la phase « mystique monumentale », avec des départs depuis le Sacré-Cœur à Paris ou la pyramide de Khéops en Egypte. Et nous, tout ce que nous savions de la contrée après Moch 2, c’était qu’elle était « rouge et emplie de plaisirs ».
Stefania n’en pouvait plus d’impatience de s’y rendre.
Beaucoup de méditation, d’exercices de contrôle du souffle et des battements cardiaques et enfin, le 27 août à dix-sept heures, à force de travail et de volonté, elle y parvint.
Avec des gloussements incontrôlables, tout écarlate et palpitante, elle s’éveilla baignée de sueur dans son fauteuil.

- Ouaouh ! s’exclama-t-elle, encore tout émoustillée.

Comme Raoul se penchait pour mieux entendre son récit, elle l’empoigna par le cou et l’embrassa à pleine bouche. Mon ami se laissa faire sans trop se débattre tandis qu’une tempête noircissait le regard marine d’Amandine.

- Allons, raconte-nous, dit Raoul, se reprenant avec peine.


- Waw, waw, waw, dit-elle, c’était fabuleux. Après le second mur, c’est sexe, plaisir, jouissance, c’est le grand pied, the big foot, la grande orgie romaine, la baise, c’est super !

On eut du mal à comprendre. Elle ne parlait que par impressions. Le mot « plaisir absolu » était celui qui revenait le plus souvent. « Plaisir, jouissance, extase » et puis surtout une volonté presque obsessionnelle d’y revenir pour s’envoyer en l’air.
On tenta de lui en demander plus.
Elle disait que c’était comme un orgasme puissance mille. Une sensation de plénitude. Même avec la drogue, même avec ses meilleurs amants, elle n’avait jamais, paraît-il, jamais ressenti autant de force et de diversité dans la pâmoison.
Je rougis.

1- Mais qui va se dévouer à écrire la suite des kama sutra ? ;)

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